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[Unicode] [Rune (homonymie)] {{Infobox Système d'écriture | nom=Runique | image=Rune letters sample.svg | classe image=skin-invert-image | légende= | type=Alphabet | langues=Langues germaniques | époque=À partir du [II] | fam1=Protocananéen | fam2=Phénicien | fam3=Étrusque, latin, grec | iso15924=Runr}}
L’ ALPHABET RUNIQUE, également appelé FUTHARK ou FUÞARK — terme formé à partir du nom de ses six premières lettres, ᚠ ᚢ ᚦ ᚨ ᚱ ᚲ — est un alphabet qui fut utilisé pour l'écriture de langues proto-germaniques par des peuples parlant ces langues, tels les Scandinaves, les Frisons, les Anglo-Saxons, etc.
Par analogie, on parle aussi de runes hongroises et des runes turques, deux systèmes indépendants.
** Étymologie
L'étymologie exacte du mot « rune » est obscure. Il n’existe apparemment aucune racine en langue indo-européenne pour ce terme. Seuls deux groupes de langues indo-européennes possèdent ce mot : les langues celtiques et germaniques.
*** Dans les langues celtiques
Le proto-celtique _*rūno-_ signifie « secret, mystère, incantation », on trouve cette racine tout d'abord dans les anciennes langues celtiques continentales (éteintes) sous forme de composés, d’anthroponymes et de théonymes : _Sacruna, Runa, Runelos, Runatis, Trebaruna_, etc. et qui se poursuit dans les langues celtiques insulaires : vieil irlandais _rún_ « id. », le gallois _rhin_ « mystère, secret, charme », le moyen breton _rin_ « secret, sagesse ». Le terme _rune_ signifie « avec secret », les runes constituent un système initiatique lié à la parole, d'où le composé gaulois _comrunos, cobrunos_ « confident, initié (dans le secret) » parent du gallois _cyfrin_ « qui est dans le secret, confident », du moyen breton _queffrin_ « mystère, secret », et du vieil irlandais _comrún_ « secret commun »[1].
*** Dans les langues germaniques
Le proto-germanique devait avoir le même aspect que dans les langues celtiques, c’est-à-dire _*rūno-_ qui signifie « secret, connaissance secrète, savoir secret, magie »[2].
Ce thème est bien attesté dans les langues descendant du germanique commun, comme : le vieux norrois _rún_ (pluriel _rúnar_, _rúnir_) « secret, savoir secret, murmure » qui a donné l’islandais _rúni_, le suédois _runa_ ou le danois _rune_ par exemple. Dans les langues germaniques occidentales, le vieux saxon avait _rūna_ « secret, magie, murmure », le vieil anglais _rūn_ « mystère, lettre runique, confidence secrète » et le vieux haut allemand _rūna_ « mystère, confidence, conseil secret, magie »<ref name="NordicNames" />. Dans les langues germaniques orientales, la forme gotique était _rūna_ « secret »<ref name="NordicNames" />.
** Généralités
vignette L’alphabet runique, appelé _fuþark_ d’après le nom de ses six premières lettres, possédait initialement [24 signes][3]. Il en a existé plusieurs types qui ont évolué en fonction du temps, mais aussi du peuple qui les employait. Dans les pays scandinaves, où les runes ont connu l’utilisation la plus développée, leur nombre s’est réduit à partir du [VIIIe siècle] pour finir avec un système à [16 runes]<ref name="Higounet" />.
Les plus anciennes inscriptions attestées se trouvent au Danemark et datent du [IIe siècle] (inscriptions de Vimose). Peut-être en existait-il de plus anciennes, mais elles n’ont pas survécu car elles avaient dû être gravées dans le bois, comme l'attestent de nombreuses sagas. On les trouve chez les Germains nordiques au [IVe siècle], mais seulement au [VIe siècle] chez les autres Germains, y compris les Anglo-Saxons qui vont conserver, après leur conversion à l’alphabet latin, l’usage d’un signe runique, à savoir _Þ_, _þ_ (nommée _þorn_, _thorn_). Cependant, le nombre d’inscriptions relatives à ces peuples est très limité (plus d’une cinquantaine chez les Anglo-Saxons), alors que chez les Scandinaves, elles se comptent par milliers. L’usage de cet alphabet a perduré en Suède jusqu’au [XIXe siècle] dans un endroit reculé de Dalécarlie, alors qu’au Danemark il n’est pas utilisé au-delà du [XIVe siècle]. Les spécialistes situent l’apogée de ce système d'écriture entre le [IX] et le [XIe siècle], à la fin de l'âge des Vikings. Il s’agit surtout d’inscriptions funéraires, abondantes notamment en Suède. En revanche l’Islande pourtant colonisée par les Vikings n’a pas connu l’expansion de l'écriture runique à laquelle on a assisté sur le continent : on y trouve une cinquantaine d’inscriptions tout au plus, et elles sont tardives. Les sagas sont écrites en caractères latins et le _Þ_, _þ_ y est un emprunt aux manuscrits en vieil anglais. L’inscription la plus septentrionale est celle de Kingigtorssuak au Groenland ; elle comporte des runes secrètes.
** Origine des runes
Le _fuþark_ fut créé par les locuteurs d’un dialecte germanique afin de transcrire leur langue. Quelques érudits prétendent que les runes seraient entièrement issues de l’alphabet grec[4] ou latin[5], mais la plupart des experts considèrent que le _futhark_ est un mélange aux origines diverses. Dans son ouvrage _Greeks and Goths: A study on the Runes_[6] (1879), Isaac Taylor émet l’idée que les runes dérivent d’un alphabet grec archaïque qu’utilisaient les colonies grecques de la mer Noire et que le commerce de l'ambre fit pénétrer dans les régions bordant la Baltique. La théorie de Taylor a été rejetée par l’ensemble des runologues, l’alphabet grec archaïque ayant été remplacé par l'alphabet grec standard vers [400 [av JC]], soit quatre siècles avant l’apparition des premières runes.
Seebold[7], Krause[8], Jensen[9], Coulmas[10] et Stifter<ref name=Stifter>David Stifter, « Lepontische Studien : Lexicon Leponticum und die Funktion von san im Lepontischen », dans _Akten des 5. Deutschsprachigen Keltologensymposiums. Zürich, 7.–10. September 2009_, sous la dir. de Karin Stüber, Vienne, 2010, [361–76]. pensent que les runes sont issues d’un mélange d’alphabets alpins-italiques, surtout les alphabets rhétiques et camunien de Bolzano-Sanzeno[11], dont cinq runes seulement n’ont pas d’équivalent. Les alphabets alpins auraient alors été complétés par des lettres latines. Quelques lettres ont une origine latine évidente, par exemple les runes pour /f/ (ᚠ) et /r/ (ᚱ), d’autres qui rappellent — au moins au niveau du format — les alphabets alpins : par exemple la rune /h/ (ᚺ) avec correspondant rhétique, la rune /p/ (ᛈ) en face de l’alphabet camunien ; et la rune /d/ (ᛞ), visiblement tirée du _san_ lépontique (transcrit _ś_) de l’alphabet de Lugano<ref name="Stifter"/>. Certaines lettres peuvent être aussi bien rhétiques que latines, par exemple la rune /i/ (ᛁ).
Bernal [12] pense qu’il y avait aussi des substrats d’alphabet ; Miller[13], quant à lui, prétend que les origines de l’alphabet runique sont le méditerranéen archaïque. Dans le même texte, Miller écrit aussi que les paramètres phonétiques sur lesquels est établi l’alphabet runique sont, en fin de compte, clairement sémitiques, et liés aux scénarios de Byblos et Ougarit (alphabet ougaritique) de même que l’alphabet phénicien. Cette théorie n’est plus du tout suivie de nos jours.
La difficulté soulevée par toutes ces hypothèses, aussi sérieuses soient-elles, est qu’aucune n’est capable de fournir une explication complète sur l’origine des _fuþark_, en raison d’un problème soit de datation, soit de contact entre les Germains et les systèmes d'écriture de leurs « voisins ».
Les runes les plus anciennes qui nous sont parvenues dateraient du [IIe siècle]. L’inscription considérée comme la plus ancienne est celle trouvée à Vimose, au Danemark ; elle daterait de 150 apr. J.-C. : le mot _Harja_ gravé sur un peigne[14]. Une possible inscription du [Ier siècle] (qui n’est pas attestée par tous les spécialistes) est la [trad=Meldorf fibula]., qui peut être lue soit comme en écriture latine _nidi_, soit en latin et runique _irih, hiri_, ou finalement en runique _iwih_, _iþih_ ou _hiþi_. Il est généralement accepté qu’elles ne furent pas inventées avant le [Ier siècle]. Ces runes primitives, jusqu’aux environs de l’an 650, semblent toutes utiliser le même _fuþark_ de [24 runes] (mise à part l’inversion occasionnelles de 2 paires de runes). La plupart de ces inscriptions sont très courtes et difficilement compréhensibles. La plupart des runes préservées sont gravées sur pierre, mais quelques fragments existent sur bois, écorce et os, et quelques-uns sur parchemin, le plus fameux étant le _Codex Runicus_.
Il a été avancé — de façon ésotérique[15] et sans fondement scientifique — que le _fuþark_ ancien pourrait avoir des origines bien plus anciennes et être en lien non pas avec les écritures méditerranéennes, mais avec les pétroglyphes découverts en Norvège. Même si l’on occulte les corrélations évidentes avec les autres alphabets, et si quelques signes peuvent évoquer des rapprochements avec certaines lettres runiques, aucune étude sérieuse ne cautionne l’affiliation entre runes et ces pétroglyphes, qui peut au mieux prétendre au statut de proto-écriture.
Tableau de correspondances du vieux _fuþark_ avec les graphèmes phonétiquement proches (et éventuellement, entre parenthèses, les lettres graphiquement similaires) des alphabets méditerranéens et alpins antérieurs[16] : <center> {| class="wikitable" style="text-align:center;" !scope=col| [N°maj] !scope=col| Rune !scope=col| Caractère<br />Unicode !scope=col| Translitt. !scope=col| API !scope=col| Latin archaïque !scope=col| Étrusque !scope=col| Lépontique <small>(italo-celtique)</small> !scope=col| Rhétique <small>(italo-alpin étrusque)</small> !scope=col| Camunien <small>(italo-alpin non IE)</small> !scope=col| Grec classique et archaïque !scope=col| Phénicien |---- |1 | style="background-color:#FDF5E6;"| 20x16px | ᚠ | F | [/][f][/] | sans_cadre F | 𐌚, 𐌘 <small>/ɸ/</small> | - | - | - | Φ φ ? | - |---- |2 | style="background-color:#FDF5E6;"| 20x16px | ᚢ | U | [/][u][(ː)/] | V | sans_cadre𐌖 | sans_cadre 𐌖 | sans_cadresans_cadre | sans_cadre sans_cadre | Υ | sans_cadre<small>/w/</small> |---- |3 | style="background-color:#FDF5E6;"| 20x16px | ᚦ | Þ | [/][θ][/], [/][ð][/] | - | 𐌈 | sans_cadre | - | sans_cadre | Θ | sans_cadre |---- |4 | style="background-color:#FDF5E6;"| 20x16px | ᚨ | A | [/][a][(ː)/] | A | 15x15px | sans_cadre sans_cadre | sans_cadre sans_cadre sans_cadre | sans_cadre sans_cadresans_cadre | Α | sans_cadre, (sans_cadre ? <small>/j/</small>) |---- |5 | style="background-color:#FDF5E6;"| 20x16px | ᚱ | R | [/][r][/] | sans_cadre | sans_cadre | sans_cadre | sans_cadre | sans_cadre | Ρ, sans_cadre | sans_cadre |---- |6 | style="background-color:#FDF5E6;"| 20x16px | ᚲ | K | [/][k][/] | sans_cadre sans_cadre | sans_cadre sans_cadre sans_cadre | sans_cadre, sans_cadre? | sans_cadre, sans_cadresans_cadre?<small>/kʰ/</small> | sans_cadre sans_cadre | Κ | sans_cadre |---- |7 | style="background-color:#FDF5E6;"| 20x16px | ᚷ | G | [/][g][/] | - (sans_cadre [17]) | sans_cadre <small>/gz/</small> | - | sans_cadre?, sans_cadre? | sans_cadre, sans_cadre? | Γ, (χ ?<small>/kʰ/</small>) | sans_cadre |---- |8 | style="background-color:#FDF5E6;"| 20x16px | ᚹ | W | [/][w][/] | V ? | sans_cadre | sans_cadre | sans_cadresans_cadre, sans_cadre | sans_cadresans_cadre | Ϝ sans_cadre | sans_cadre |---- |9 | style="background-color:#FDF5E6;"| 20x16px 20x16px | ᚺ ᚻ | H | [/][h][/] | H | sans_cadre | - | sans_cadresans_cadre | sans_cadresans_cadresans_cadre | Η,sans_cadre | sans_cadresans_cadre |---- |10 | style="background-color:#FDF5E6;"| 20x16px | ᚾ | N | [/][n][/] | sans_cadre | sans_cadre | sans_cadre | sans_cadre | sans_cadresans_cadre | Ν | sans_cadre |---- |11 | style="background-color:#FDF5E6;"| 20x16px | ᛁ | I | [/][i][(ː)/] | I | I | sans_cadre | sans_cadre | sans_cadresans_cadre | Ι sans_cadre | - |---- |12 | style="background-color:#FDF5E6;"| 20x16px | ᛃ | J | [/][j][/] | - | - | - | sans_cadre?, 𐌝 ? | sans_cadre | - , (sans_cadresans_cadre<small>/i/</small>[18][,][19]) | - |---- |13 | style="background-color:#FDF5E6;"| 20x16px | ᛇ | Ï, Æ | [/][æ][ː/] (?) | - (sans_cadre<small>/i/</small>) | - (sans_cadre<small>/i/</small>) | - (sans_cadre<small>/i/</small>) | - (sans_cadre<small>/i/</small>) | - | - , (sans_cadresans_cadre<small>/i/</small>) | - |---- |14 | style="background-color:#FDF5E6;"| 20x16px | ᛈ | P | [/][p][/] | sans_cadre | sans_cadre | sans_cadre | sans_cadre | sans_cadre | Π | sans_cadre |---- |15 | style="background-color:#FDF5E6;"| 20x16px | ᛉ | Z | [/][z][/] | - | sans_cadre, (𐌙 <small>/kʰ/</small>) | sans_cadre | sans_cadre | sans_cadre sans_cadre, (sans_cadre<small>/s/</small>) | Ζ, (Ψ <small>/kʰ/[20]</small>), sans_cadre[21] | sans_cadre |---- |16 | style="background-color:#FDF5E6;"| 20x16px 20x16px | ᛊ | S | [/][s][/] | ϟ ϛ | sans_cadre, (𐌑 <small>/ʃ/</small>) | sans_cadresans_cadre | sans_cadresans_cadre | sans_cadre sans_cadre sans_cadre | Σ, Ϻ, (sans_cadre <small>/ts/</small>) | sans_cadresans_cadresans_cadre |---- |17 | style="background-color:#FDF5E6;"| 20x16px | ᛏ | T | [/][t][/] | T | sans_cadresans_cadre | sans_cadre | sans_cadreX | sans_cadresans_cadresans_cadre | Τ | sans_cadre |---- |18 | style="background-color:#FDF5E6;"| 20x16px | ᛒ | B | [/][b][/] | sans_cadre | sans_cadre | - | - |sans_cadresans_cadre |Β |sans_cadre |---- |19 | style="background-color:#FDF5E6;"| 20x16px | ᛖ | E | [/][e][(ː)/] |sans_cadre I I |sans_cadre |sans_cadre |sans_cadre |sans_cadresans_cadre |Ε sans_cadre | - (sans_cadre<small>/h/</small>) |---- |20 |style="background-color:#FDF5E6;"| 20x16px | ᛗ | M | [/][m][/] |sans_cadre |sans_cadre |sans_cadre |sans_cadre |sans_cadresans_cadre |Μ, sans_cadre |sans_cadre |---- |21 | style="background-color:#FDF5E6;"| 20x16px | ᛚ | L | [/][l][/] |sans_cadre |sans_cadre |sans_cadre |sans_cadresans_cadre |sans_cadresans_cadre |Λ, sans_cadre sans_cadre |sans_cadre |---- |22 | style="background-color:#FDF5E6;"| 20x16px 20x16px 20x16px | ᛜ ᛝ | Ŋ | [/][ŋ][/] | - | - | - | - | - |(sans_cadre Ingwaz) | - |---- |23 | style="background-color:#FDF5E6;"| 20x16px | ᛞ | D | [/][d][/] |sans_cadre |sans_cadre, (sans_cadre <small>/ts/</small>) | - | - |sans_cadre(sans_cadresans_cadre <small>/ts/</small>) |Δ sans_cadre<ref name=":5" /> |sans_cadre |---- |24 | style="background-color:#FDF5E6;"| 20x16px | ᛟ | O | [/][o][(ː)/] |sans_cadre 〈〉౧ |sans_cadre |sans_cadre |<small>sans_cadre[22]</small> |sans_cadre |Ο |sans_cadre? |} </center>
*** Origine mythique
Dans le _Rúnatal_ (Edda poétique), une section du poème _Hávamál_, la découverte des runes est attribuée à Odin. Ce dernier a été suspendu à l’Arbre du Monde, l'Yggdrasil, après avoir été transpercé par sa propre lance, Gungnir, durant neuf jours et neuf nuits, afin d’acquérir la sagesse nécessaire à l’exercice du pouvoir dans les neuf mondes, ainsi que la connaissance des choses cachées - dont les runes.
** Les différents _fuþark_
_Note : les translittérations suivent le modèle traditionnel_.
*** Système originel
[Vieux futhark] L’alphabet original des runes nordiques, le _futhark_ à 24 lettres ou _vieux futhark_, était organisé en trois groupes de 8 runes chacun dénommés _[is]_ (familles) : les _[is]_ de *Fehu, *Hagalaz et *Tīwaz respectivement, la première rune de chaque groupe donnant son nom au groupe.
Les noms proto-germaniques des runes du vieux futhark sont : *Fehu, *Ūruz ou (*Ūrq), *Þurisaz, *Ansuz, *Raidō, *Kaunan ou (*Kenaz), *Gebō, *Wunjō, *Hagalaz (ou *Haglaz), *Nauđiz, *Īsaz (ou *Īsą ou *Īsan), *Jēra (ou *Jēran ou *Jēraz), *Ihwaz ou (*Eihwaz), *Perþō ou (*Perþaz), *Algiz, *Sōwilō ou (*Sæwelō), *Tīwaz (*ou *Teiwaz), *Berkanan, *Ehwaz, *Mannaz, *Laguz (ou *Laukaz), *Ingwaz ou (*Inguz), *Dagaz et *Ōþalan.
Voici les [24 runes] originelles[23] :
<center> {| |- | f || u || þ || a || r || k || g || w |- | h || n || i || j || ï || p || z || s |- | t || b || e || m || l || ŋ || d || o |} </center>
Le nom de ces [24 runes] est une reconstitution linguistique (d’où l’"*"), car on ne connaît pas le nom des runes du vieux _Fuþark_. Les seuls acrophones qui nous sont connus sont ceux des runes des _Fuþark_ plus récents (_Fuþark_ anglo-saxon, _Fuþark_ récents, etc.)
La raison de l’ordre particulier des runes, complètement différent de ceux des alphabets latin, étrusque ou grec, est aujourd’hui inconnue. On sait en revanche que cet ordre a été établi assez tôt et n’a subi depuis que des variations mineures et occasionnelles : les premières suites alphabétiques retrouvées (pierre de Kylver, début du [V]) en font déjà état[24]. Les diverses hypothèses soulevées pour expliquer cet ordre, généralement fondées sur des considérations religieuses et mystiques, sont loin de faire l’unanimité et ne reposent sur aucun fait concret.
*** Systèmes ultérieurs
[Runes anglo-saxonnes] Le _Fuþark_ initial comprenant [24 runes], les _Fuþark_ dits récents furent ultérieurement raccourcis à environ [16 runes] autour du [IX]. Ils furent utilisés principalement en Suède, en Norvège, au Danemark puis en Islande et au Groenland. Cette réduction du nombre de runes est très certainement lié au fait que la langue de ces régions, le vieux norrois, comportait beaucoup plus de phonèmes que le proto-germanique. Plutôt que d’ajouter de nombreuses runes, les « maîtres des runes » décidèrent de simplifier l'alphabet, en ne retenant que les 16 lettres suivantes :
<center> f u þ ą r k<br> h n i a s<br> t b m l ʀ </center>
Les _Fuþark_ récents ont, bien sûr, évolué avec le temps et selon les régions, en oscillant entre 15 et [25 runes] (voire plus dans les alphabets médiévaux des [XIII]).
En Angleterre, dès le [VI], le futhark passe tout d’abord à [28 runes] dans sa variante Frison, puis à [33 runes] pour la version dite anglo-saxonne.
Ceci est la variante norvégienne / suédoise, aussi appelée rune à brindille courte. La variante danoise est très similaire. On trouve un exemple de runes danoises dans l’inscription de la Grosse pierre de Jelling.
<div style="text-align:center; font-style:italic;">
<br /> Le plus récent _fuþark_ nordique à [16 runes] :
- [ligne] , la variante danoise à brindilles normales - [ligne] , la variante suédoise - norvégienne à brindilles courtes. </div>Les autres _fuþarks_ nordiques comprennent une forme sans branche (probablement pour une sculpture plus rapide), et le _fuþark_ antique (lequel inclut des runes représentant l'alphabet latin complet).
<div style="text-align:center; font-style:italic;">
<br /> Variante de Hälsingland en Suède , sans brindille
</div><div style="text-align:center; font-style:italic;">
<br /> Variante médiévale incluant l' alphabet latin </div>Les runes thorn (ᚦ) et wynn (ᚹ) ont été adoptées dans l’alphabet du vieil anglais (sous les formes _þ_ et _ƿ_). Thorn est encore utilisé dans l’alphabet islandais.
Les runes semblent être tombées en désuétude autour de l'an mil, sauf en Scandinavie où elles continuèrent à être utilisées pendant quelques siècles. Les habitants des régions scandinaves les plus isolées ont continué à les utiliser jusqu’à l’époque moderne.
** Utilisation des runes
*** Alphabet
Les runes étaient ordinairement utilisées pour des inscriptions dans le bois, le métal, le cuir et surtout la pierre. C'étaient principalement des marques verticales et obliques, et dans une moindre mesure des marques horizontales ou courbes (certaines variantes n’en ont pas). Ce dessin aidait à leur sculpture sur des matériaux durs. Les runes anciennes n’ont pas été utilisées pour des travaux d'écriture longs, mais plutôt pour des inscriptions courtes. Des inscriptions longues existent, comme le _CODEX RUNICUS_, un ouvrage législatif danois, mais il a été rédigé en runes médiévales.
*** Magie
[Runomancie]
Régis Boyer écrit dans _les Vikings_[25] :
[début citation]Reste à évoquer l’agaçant problème de leur valeur prétendument magique par définition. […] Mais je dis que ce sont là affabulations complaisantes, certainement imitées de modèles bibliques ou classiques. Je me range résolument à l’opinion de L. Musset, lui-même disciple sur ce point d’[lang=sv]. À savoir : les runes sont une écriture comme une autre, capables de convoyer des opérations magiques, mais certainement pas conçues dans ce sens. […] Les inscriptions runiques s’appliquent à tous les domaines possibles de l’activité humaine.[Régis Boyer]
Un certain usage divinatoire, peut-être des runes en tant que signes semble être attesté par Tacite _(cf. infra)_ mais rien n’est moins sûr car Tacite ne s'est jamais rendu en Germanie. Ses sources sont donc basées sur des témoignages, et comme pour les Celtes, souvent à charge et avec de nombreuses confusions de peuples.
** Usage contemporain
*** Runes et littérature
vignette Les runes ont été utilisées, dans la littérature, pour créer un effet « d’authenticité », et donner des indications « historiques » dans l’ouvrage. Voici cinq exemples : J.R.R. Tolkien, Jules Verne, J.K. Rowling, Erik L'Homme et Rick Riordan.
Les runes ont été abondamment utilisées par J.R.R. Tolkien, notamment dans _Le Hobbit_ (pour la carte réalisée lors des « Aventures de Bilbo »), mais aussi dans _Le Seigneur des anneaux_ (la tombe de Balin dans la Moria), et bénéficient d’une explication détaillée dans les appendices du roman. J.R.R. Tolkien utilise les runes, mais la langue est l’anglais.
Les runes sont également très présentes chez Jules Verne. Dans _Voyage au centre de la Terre_ dont le point de départ de l’ouvrage est Hambourg (Allemagne), la découverte d’un vieux manuscrit runique révèle un message secret qui conduira ultérieurement à la découverte de mystérieux passages en Islande. Verne utilise aussi l’alphabet runique, mais cette fois la langue utilisée est le latin.
Chez Tolkien comme chez Verne, l’alphabet runique est identique, mais les langues différentes.
Hermione Granger, un des personnages principaux de la série des _Harry Potter_, étudie les runes à partir de sa troisième année à Poudlard ; il est seulement précisé que c’est une matière difficile. Dans le septième tome, Dumbledore lui lègue un exemplaire en runes des _Contes de Beedle le Barde_ contenant le « Conte des Trois Frères » sur les _reliques de la mort_ (qui donnent leur titre à ce volume de la série) ; cela aidera les protagonistes à reconstituer une partie de l’intrigue car grâce à ses quatre ans de cours optionnels d'étude des runes, Hermione s’avère capable de les déchiffrer et de les traduire, contrairement à Harry, dont il est précisé qu'« il n’avait jamais appris à les lire »[26].
L'écrivain Erik L'Homme emploie les runes, appelées « graphèmes », dans sa trilogie _Le Livre des étoiles_ ainsi que dans _A comme Association_ en leur attribuant des pouvoirs magiques.
La liste des auteurs qui font appel aux runes est longue ; citons entre autres Christopher Paolini pour _L'Héritage_ et toute l'équipe de production de la bande dessinée _Thorgal_ et _Les Mondes de Thorgal_.
*** Runes et nazisme
En tant que symboles germaniques, les runes furent récupérés par appropriation et utilisées par les nazis. Quelques symboles comme Ōthalan sont utilisés sur les drapeaux néonazis à la place de la svastika.
*** Runes et divination
[Divination des runes] vignette Odin « trouva les runes après qu’il fut resté pendu durant neuf nuits initiatiques à l’arbre cosmique des Neuf Mondes, le frêne Yggdrasil, transpercé par sa lance en un sacrifice à lui-même, le plus grand des dieux[27] ».
Tacite, dans _La Germanie_, décrit un usage divinatoire des Germains : « Leur manière de tirer au sort est toujours la même. Ils coupent une branche de noisetier et la découpent en lamelles. Ils inscrivent un signe sur chaque lamelle et les lancent au hasard sur un linge blanc. Ensuite le célébrant officiel, s’il s’agit d’une consultation publique, ou le père de famille s’il s’agit d’une consultation privée, adresse une prière aux Divinités. En regardant en l’air, il tire trois lamelles au hasard et lit la signification de son tirage d’après les signes gravés sur ces lamelles. Si le résultat interdit l’action au sujet de laquelle le tirage a eu lieu, il n’en est plus question ce jour-là. Si cette action est autorisée, une confirmation par les auspices est requise ».
L’usage divinatoire des runes est contesté par la majeure partie des runologues. Tacite ne précise pas la nature des signes ; de plus, _La Germanie_, a été écrit aux alentours de l’an 98, c’est-à-dire des décennies avant que l’invention des runes en tant qu’alphabet ne soit attestée.
*** Codage informatique
La norme Unicode possède un bloc de caractères nommé _Runes_ qui contient [81 caractères] depuis la [version 3.0.0] ([septembre 1999]), y compris 3 signes de ponctuation et 3 symboles des « nombres d’or » 17 à 19. Quelques autres caractères y ont été ajoutés dans la version 7.0 pour 3 lettres runiques supplémentaires du tolkienien (dont l'alphabet cirth) et 5 lettres runiques supplémentaires du coffret d’Auzon. [Table des caractères Unicode/U16A0]
Un petit nombre de polices d’écriture admettent ces caractères surtout les polices médiévistes comme Cardo, Junicode.
Le langage Go décide de nommer par simplification _runes_ ce qui se nommait auparavant _code points_ : pour explorer une chaîne de caractères Unicode, on y avance rune par rune et non octet par octet, le mot _caractère_ étant trop ambigu[28].
Le logo du Bluetooth est inspiré de l'alphabet Futhark.
** Notes et références
[références]
** Voir aussi
*** Bibliographie
**** En français
- [ prénom1=Lucien ] . - [ prénom = François-Xavier ] . - Alain Marez , _Anthologie runique_ , Paris, Les Belles lettres, 2007. - [auteur1=Jara]
**** En autres langues
- [ langue=en ] . - [ langue=en ] - [ langue=de ] . - Traduction revue par l’auteur : [ langue=en ] . - [ langue=de ] . - Traduction : [ titre=Les Runes ] . - [ langue=en ] . - [ langue=en ] - [ langue=en ] . - [ langue=de ] . - [la] Tacite , _Germania_ - [ langue=en] .
*** Articles connexes
- Vieux futhark (24 caractères) - Runes scandinaves (futhark récent, 16 caractères, uniquement en Scandinavie) - Pierre runique , liste de pierres runiques - [langue=en] - [lang=en] - Inscription runique Pays-Bas - Inscriptions de Bryggen - Pierres de Jelling - Pierre de Rök - Coffret d'Auzon - Bluetooth ( logo et nom ) - Runomancie (divination par les runes) - Alphabet gotique
*** Liens externes
{{Autres projets | commons = Category:Runic writing | wiktionary = rune }}
- The Rune Poem (see http://www.sacred-texts.com/neu/ascp/a12.htm) - Angerthas.de - Les apparitions des runes dans les travaux de Tolkien / Rune fonts / Futhark (see http://www.angerthas.de) [Runes]
[écriture]
* Catégorie:Enseignement au haut Moyen Âge Catégorie:Langue au haut Moyen Âge